Le village médiéval de La Garde-Guérin est situé au bord du Chassezac, entre Villefort et Prévenchères, en Lozère. Chemins de randonnées: GR72, GR700 Voie Régordane ou Chemin de St Gilles, Tour du Cévenol, Tour du Chasszac.

La Garde Guérin en Lozère (Voie Régordane ou Chemin de St Gilles, GRP Le Cévenol, GR72)

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin en LozèreUne sorte de police de la route a donc été assurée au XIème siècle, peut-être même avant, à La Garde-Guérin. Les habitants de La Garde entretenaient une forte garnison et avaient à leur charge le guidage et la protection des voyageurs et des marchandises sur le GR700 Voie Régordane qu'ils entretenaient. En retour ils percevaient des droits de péage. Chacun d'eux possédait son logis ou sa maison forte, que dominait la fière silhouette de la tour carrée encore en place.

On sait qu'ils s'étaient constitués en communauté économique et militaire et qu'ils vivaient une sorte de coseigneurie. Dans les régions méridionales en effet, comme l'écrit Georges Duby, "les rapports de puissance se fondent à la romaine, sur le contrat, la "Convenentia" en latin, sur les pactes conclus entre hommes libres dans le respect de la loi". On peut penser que, à La Garde-Guérin, un régime de coseigneurie, que nous connaissons encore mal de nos jours, avait été mis en place.

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin en LozèreTout voyageur a droit à la route
L'organisation de cette communauté, sous l'impulsion des seigneurs du Tournel, n'eut peut-être pas sa pareille en France. Ils la fondèrent dans l'esprit des Ecoles de Chevalerie, florissantes dès le XIIème siècle. Il y avait une dizaine d'Ecoles de Chevalerie en France, dont il est fait mention dans des documents importants de la Royauté. Celle de La Garde-Guérin fut fondée comme telle. Les Seigneurs du Tournel voulurent supprimer la féodalité telle qu'elle existait à La Garde-Guérin avant eux et installer des chevaliers "pariers" -c'est-à-dire "égaux"- ("par" en latin signifie "égal"), égaux en droits, égaux en devoirs. Ils se partageaient la seigneurie du château et de la châtellenie, des revenus importants et des charges bien définies. Chaque parier possédait une parérie ou une part du château et de son territoire.

On écrivait peu et rarement à cette époque-là et le premier texte qui fasse mention des habitants de La Garde Guérin se trouve dans un curieux manuscrit connu sous le nom de "Livre de Saint-Privat". Il est écrit en latin, de la main de l'évêque, Aldebert III du Tournel, surnommé Le Vénérable. Aldebert III avait été élu entre 11 50 et 1158, et il est mort en 1187, prisonnier de l'un de ses frères, un bâtard, et enfermé au château de Chapieu que le dit évêque avait fait construire pour défendre la ville de Mende. Ce texte a été traduit et commenté par l'abbé Roux, curé de Vialas.

"Il y a dans l'évêché de Mende, près de la voie publique dite Régordane, un château appelé La Garde, qui fut toujours non un château mais une caverne. Des brigands y demeuraient en effet et entreprenaient de jours et de nuits de fréquentes expéditions, dépouillaient les voyageurs de leurs biens, les blessaient, les laissaient à demi-morts et très souvent les tuaient. Chaque jour, on y perpétrait des rapines, des vols, des homicides et autres crimes". Les évêques voisins et surtout l'évêque de Mende, à qui il incombait, attaquèrent ce funeste repaire sans pouvoir cependant abolir complètement de mauvaises coutumes invétérées. L'évêque Aldebert connaissant ce vers: "Tout voyageur a droit en tout lieu à la route", mit la dernière main à la répression de ce fléau.

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin en LozèreLe château fut menacé non seulement par la censure ecclésiastique, mais par les armes. Les habitants frappés de terreur se rendirent au jour fixé pour la "satisfaction", ils vinrent à Mende se jeter aux pieds de l'évêque, non seulement les chevaliers et leurs fils, mais même les serfs jeunes et vieux. En présence de tout le peuple, ils abandonnèrent leurs mauvaises acquisitions et leurs mauvaises coutumes, puis tous jurèrent, sur les Saints Evangiles, que désormais ils n'exigeraient rien des voyageurs fréquentant cette route, qu'ils ne leur feraient aucune violence, ni leur causeraient aucune vexation. Après quoi, pénitence du passé une fois acceptée, ils se retirèrent.

Aldebert III a passé la plus grande partie de son épiscopat à lutter contre les seigneurs pour consolider le pouvoir temporel des évêques de Mende encore chancelant. Le Comte de Barcelone au sud-ouest de la cathédrale, le Seigneur de Canilhac à l'ouest, le Seigneur de Cabrières à l'ouest, le Seigneur de Dolan au sud, avaient construit des demeures fortifiées et menaçaient la suprématie pontificale. Il finit même par s'attribuer le droit qu'on lui contestait de suzeraineté sur les mines d'argent du pays. Il se fit restituer un village par les châtelains de Plagniol, obligea Garin de Châteauneuf à en rendre un autre qu'il avait enlevé à l'hôpital de Mende. Il fit rentrer dans l'ordre Ricard de Peyre.

La tutelle du Roi de France
Excédé par cette vie de répression, il alla en 1166 à la cour du Roi de France Louis VII et lui fit pour la première fois hommage de son évêché, contre promesse de la protection royale. Cet acte fameux a été désigné sous le nom de "Bulle d'or". Naturellement tous les féodaux de la région s'insurgèrent contre ce pacte qui, en faisant du roi le seigneur suprême du Gévaudan, les menaçait d'une tutelle plus difficile à secouer que celle des évêques locaux. Ils suscitèrent des troubles qui durèrent jusque vers 1170.

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin en LozèreA la lumière de tous ces événements, devons-nous prendre au mot le récit d'Aldebert. L'évêque ne veut-il pas justifier sa position? Les brigands de La Garde sont-ils aussi noirs qu'il est dit dans le texte?

Comme toujours, en pareil cas, il faut faire la part des choses. Les "chevaliers" n'étaient sûrement pas des bandits, encore moins des saints, mais bien des personnages redoutables occupant une forteresse de premier plan, placée à bon endroit, près de la Régordane". A la suite de sa victoire, Aldebert III s'empara d'un certain nombre de paréries et donna à ces seigneurs un statut que nous ne connaissons pas, faute de documents écrits. Rappelons qu'à l'époque toute puissance s'exprimait surtout par la parole et par le geste. Plus tard, en 1238, dans un texte écrit en latin, "Additions aux statuts de l'évêque Etienne" par Raymond Atger, officiai du dit évêque, on peut lire ceci: "Comme Etienne, évêque de Mende, principal seigneur du château de La Garde, était venu dans ce château pour ses affaires, les chevaliers et pariers du château se présentèrent devant lui et donc demandèrent, parce que des discordes se produisaient souvent entre eux au sujet des coutumes du château, de faire mettre par écrit les règles qu'il estimait devoir être observées à l'avenir dans les cas litigieux".

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin en LozèreDepuis longtemps, les sources de revenus des papiers venaient surtout de leurs droits de péage, guidage, arrière-guidage sur la Voie Régordane et de cartalage sur le domaine commun. Le péage était dû par les passants, leurs bêtes et leurs marchandises et destiné à l'origine à l'entretien de la route. Le guidage et l'arrière-guidage étaient perçus pour la protection des marchands et de leurs convois. Le cartalage était payé par les fermiers du domaine commun pour la mesure des grains. Chaque parier possédait une portion ou parérie du château et de son territoire, et les revenus étaient partagés proportionnellement au nombre des paréries qu'ils possédaient et en fonction du rôle effectif de chacun dans la surveillance de la route, c'est-à-dire du temps passé au château. Les membres de la communauté devenant plus nombreux, les revenus, suffisants à l'origine, ne se trouvaient plus en rapport avec les charges qu'entrainaient l'entretien de la route et le service de police. Des querelles éclataient entre eux. Les questions d'héritage devenaient de plus en plus complexes... quelques familles quittaient La Garde-Guérin et faisaient place à de nouveaux venus... La coseigneurie était menacée d'émiettement. Les évêques promulguèrent des règlements destinés à arrêter le démembrement du fief et, d'une manière générale, à définir les droits de chaque parier dans la communauté.

Parier dès l'âge de 16 ans
Les statuts de l'évêque Odilon de Mercoeur en 1260 définissent une des institutions routières les plus originales sans doute du Moyen-âge. Pour empêcher un trop grand démembrement, le nombre de "paréries" ou portions d'un parier est limité. Chacune restera indivisible et reviendra à un seul héritier. En principe, le parier doit être capable de porter les armes et d'assurer la police de la route. Quand le père n'est plus en état de servir, il se démet en faveur de son fils, l'aine de préférence. Celui-ci alors -et seul entre ses frères- cesse d'être un damoiseau. Il reçoit l'adoubement et devient chevalier. Un chevalier peut être parier dès l'âge de 16 ans, car il est majeur à 16 ans et non à 20 ans pour les damoiseaux. Il a part entière dès lors aux charges et aux revenus. Une fille n'hérite de la parérie que si elle a un mari capable de la suppléer pour porter les armes. La parérie s'aliène par un acte de vente, accompagné de l'investiture de l'évêque qui se garde le droit de "retenir cette parérie". Les chevaliers pariers (ils étaient 31 en 1258) ont élu quatre des leurs qui, en leur nom et au nom de tous les pariers, étaient d'accord avec l'évêque pour ramener la paix ou corriger les statuts existants. Ces quatre chevaliers représentent les quatre familles du château: les Gaucelme, Erailh, Bertrand et Gaule (ou Gal). Il s'agissait pour ces "puissants" barons et évêques, de maitriser cette "puissance" encombrante en temps de paix afin de mieux se neutraliser en un affrontement feutré ou violent pendant des siècles.

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin en LozèreDe plus l'évêque a décidé que seraient élus tous les ans deux consuls qui agiraient dans la fidélité et la légalité, défendraient les droits du château et de son district, exigeraient les rentes et les revenus généraux, exerceraient le droit de juridiction. Ces consuls devaient prêter serment de fidélité entre les mains de l'évêque ou de son délégué. Ils prenaient le titre de "Consuls Nobles". Quand Guillaume Durand occupa l'évêché de Mende, ses nombreux vassaux lui rendirent hommage. Jourdan de La Garde, l'un des consuls, au nom de la communauté des nobles pariers, renouvela cet acte.

Un cérémonial précis
Le 2 décembre 1292, à la réquisition de Guillaume de Montesquieu, bailli de l'évêque, les pariers lui font la remise du château. On devait en effet rendre le château à chaque élection d'évêques, en temps de guerre et toutes les fois que les circonstances et la nécessité l'exigeaient. Le délégué du prélat, après avoir reçu les clés, en ferme et en ouvre les portes et en prend possession. Ensuite il fait arborer sur la tour la bannière de Saint-Privat. Un héraut, placé à côté de l'étendard épiscopal, crie à haute voix et à diverses reprises: Saint-Privat pour Monseigneur l'évêque de Mende ! Saint-Privat pour Monseigneur l'évêque de Mende ! Saint-Privat ! Dieu le veut ! Deus o vol ! Après cela, le représentant de l'évêque remet aux consuls les clés du château, et se retire.

Les chevaliers Pariers de La Garde-Guérin en LozèreDans le texte écrit en latin des statuts de Raymond Barrot, vicaire général de Guillaume Durand, daté du 7 février 1299, on peut lire "consules castri de Garda Gary": les consuls du château de La Garde Gary. C'est la première fois, à notre connaissance, que l'on parle de La Garde Gary (Garin ou Guérin plus tard). Dans les premières années du XIVème siècle, lorsque les commissaires royaux dressaient le dénombrement des fiefs du Gévaudan, les pariers de La Garde s'empressèrent de déclarer ceux qu'ils tenaient de l'église de Mende.

En 1307, un traité de paréage fut conclu entre Philippe le Bel et l'évêque de Mende. Cet acte fit pénétrer plus avant en Gévaudan l'autorité du Roi de France et le Comte-évêque du Gévaudan affirma sa suzeraineté sur La Garde-Guérin. Les statuts de 1310 apportèrent des modifications profondes. Une cour commune au roi et à l'évêque a été établie et désormais, grâce à la crainte de ses arrêts et au progrès des mœurs, l'ordre règne en Gévaudan. On peut supposer que la communauté des pariers n'est plus alors un organe nécessaire à la tranquillité publique, et qu'elle perd le caractère militaire et policier, déjà atténué, qu'elle avait à l'origine. Elle n'exerce plus le service de police qu'elle exerçait et ne perçoit plus les droits qui lui étaient attachés.

Dès lors, il est compréhensible que, dans les statuts de 1310, toutes les anciennes dispositions disparaissent, car elles tendaient surtout à assurer le fonctionnement de ce service. La communauté perd ses privilèges et cesse d'être ce qu'elle avait été. Les évêques de Mende s'assurent de plus en plus la prépondérance dans la communauté. Ils arrivent à détenir un grand nombre de paréries, à évincer peu à peu les barons du Tournel qui avaient été à l'origine les seuls suzerains directs des pariers, et à prédominer dans la communauté.
Association G.A.R.D.E, La Garde-Guérin, 48800 Villefort

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